À L’HORIZON

La condition humaine est, depuis l’antiquité, un questionnement philosophique récurrent dans les sociétés. Si la religion a pu parfois lui donner un cadre, il n’en reste pas moins que les monuments érigés alors tendaient à apaiser par la foi, une angoisse du vide. Quel but à l’existence ? Quel sens au travail ? Voici des interrogations pour toujours inépuisables. Albert Camus, dans son essai Le Mythe de Sisyphe publié en 1942, prend la légende grecque du même nom à contrepied. Selon lui, il « faut imaginer Sisyphe heureux » : certes, chaque jour cet homme charrie sa pierre, mais sa grandeur réside dans la réalisation de cette tâche, non dans son but ultime. L’exposition « À l’horizon » invite à poursuivre cette réflexion, avec les propositions de trois artistes de la Galerie Géraldine Banier.

Maguy Banq est née en 1954 à Marseillan, dans le sud de la France. Elle acquiert les différentes techniques de la sculpture du bronze et le moulage de celui-ci à la cire perdue, à l’École des Beaux-arts de Mexico. Elle partage aujourd’hui son temps entre sa ville natale et San Luis Potosi, au Mexique. L’existentialisme est central dans l’œuvre de Maguy Banq : l’humain cherche inlassablement sa raison d’être. Les personnages sculptés, asexués, prennent une dimension universelle. Rien ne permet physiquement de les différencier les uns des autres – à tel point qu’ils pourraient bien incarner, les étapes successives de l’errance d’un seul et même individu.

Né en 1969 à Roccavione en Italie, Marco Cordero a étudié la sculpture à l’Academia Albertina di Belle Arte de Turin, ville dans laquelle il vit et travaille encore aujourd’hui. Son travail questionne l’objet livre, réceptacle de la mémoire individuelle et collective. Tronqué, creusé, élagué, ce dernier devient le support formel de rites qui n’ont plus rien à voir avec son rôle communicatif premier. Marco Cordero met en scène un retour du livre imprimé à la matière pure, originelle. Parfois, cependant, une référence littéraire émerge, donne pour horizon un fragment de récit, pour aussitôt retomber dans une matrice illisible.

Alexia Tailleur est née à Orléans en 1983. Peintre et photographe, elle étudie les arts plastiques à l’université de Toulouse, puis apprend les différentes techniques de dorure à la feuille dans un monastère italien, accompagnant sa démarche d’un mémoire de recherche autour de la thématique des icônes. Elle vit et travaille aujourd’hui à Toulouse. Son œuvre offre au regard martyrs et pèlerins des temps modernes, marginaux et sans domicile fixe. La religion disparaît pour devenir philosophie sociale. La feuille d’or forme une nouvelle strate de l’image, une touche précieuse éclipsant le trivial.